Après avoir été visé par Amaury Leveaux lors de l’annonce de sa retraite ce vendredi, Lionel Horter donne sa version de la rupture. L’entraîneur du club de Mulhouse, qui avait déjà accompagné le nageur français (médaillé d’or et triple médaillé d’argent aux JO 2008 et 2012, champion du monde 2013) au début de sa carrière, explique avoir dû l’écarter par manque de professionnalisme après son come-back.

Lionel Horter, comment avez-vous réagi à l’annonce d’Amaury Leveaux d’arrêter sa carrière, avec des attaques de sa part à votre encontre ?

J’ai été surpris. Je l’ai encore vu il y a quatre jours, devant chez moi, en train de se promener. Et les choses se sont passées tout à fait normalement. Je vais essayer d’être assez concis. Nous, le club, on doit répondre, parce que ça suffit. Dorénavant, chaque fois que quelque chose sera dit, on répondra. On l’a accueilli, on savait qu’il n’allait pas bien. C’est même la raison pour laquelle on l’a accueilli, à l’époque. Il existait, je vais parler au passé concernant cet homme, des liens assez forts entre nous. Sur un plan personnel, je ne pouvais pas refuser de lui tendre la main, quand il me l’a demandé. C’est ce qui rend d’autant plus regrettables et incorrectes ses déclarations d’hier (vendredi). Tout le club est très déçu par sa façon de faire. On tient à corriger les choses, bien sûr.

Comment cela s’est-il passé entre vous et lui à Mulhouse ?

Les conditions étaient particulières. Malgré le lien que je pouvais avoir avec lui, il ne s’agissait pas, compte tenu de l’enjeu et des déclarations qu’il avait faites, de ne pas faire les choses de manière professionnelle. Il y a un certain nombre d’exigences quand on veut être un sportif de haut niveau, dans l’engagement, la régularité, la présence, le comportement général. Très vite, Amaury est sorti du cadre. Quand je dis très vite, c’est très vite. En septembre, il a fait trois semaines d’entraînement puis il s’est fait mal au dos. Il ne s’est plus entraîné et il est parti faire l’ISL. On ne s’est pas vu jusqu’à fin novembre. Je lui ai proposé de lui envoyer des programmes, c’est lui qui n’en a pas voulu. A son retour de l’ISL, on travaillait, on était dans une phase relativement dure. J’ai pensé qu’il fallait lui laisser quelques semaines d’adaptation, pour revenir dans ce qu’on faisait. Depuis son départ pour l’ISL, il n’a plus fait une séance d’entraînement avec notre groupe. On parle du 15 octobre. Pour moi, la fin de l’aventure s’est matérialisée dans le fait qu’il n’a pas voulu faire les championnats de France à Saint-Raphaël. Ça faisait clairement partie du deal. C’était contre ma décision sportive. A partir de là, c’était fini. Il m’a demandé de ne pas communiquer. J’ai respecté intégralement cette chose-là, pour des raisons qu’il lui appartient de développer. A partir de là, c’était terminé. On a fait des stages en janvier, on a fait des compétitions. Je l’ai même encore engagé à Nice, début février, en espérant qu’il y ait un déclic chez lui. C’est une distance particulière, le 50m. Et on parle d’un garçon talentueux. S’il s’attendait, comme quand il avait 15 ou 18 ans, à ce que j’aille le chercher de force dans son lit pour le mettre dans le bassin, il en était hors de question. Il n’a absolument pas respecté l’engagement minimum et concret pour une préparation.

Il dit que vous ne l’avez pas informé du départ en stage en Martinique…

C’est vrai. Je lui ai dit mi-décembre que c’était terminé. Il était hors de question. Ce groupe de jeunes, qui est talentueux et motivé contrairement à ce qu’il dit, a déjà fait des choses, puisque nous avons deux nageurs qui ont été sélectionnés pour les championnats d’Europe dans dix jours à Budapest. Ce n’est pas le néant, comme il le dit. Ça faisait cinq ans que ce n’était pas arrivé dans notre club. Il était absolument impossible d’intégrer un nageur comme Amaury, qui ne travaillait pas, tout simplement. Il n’y a aucun groupe de haut niveau qui va avoir ce mode de fonctionnement. A ce moment-là, j’ai gardé une relation amicale avec lui. C’est toujours la relation que j’ai eue avec lui. Pour tout vous dire, j’avais commencé à parler d’une transition pour lui, d’une fin de carrière. Puisqu’il habitait sur Mulhouse, j’imaginais qu’il allait se fixer peut-être un certain temps ici. Avec d’autres fonctions, dans notre environnement, et une autre dynamique. Le rôle d’un vrai grand frère. Mais bon, évidemment, tout ça n’a aucun sens maintenant au regard du comportement qu’il a.

« J’ai eu beaucoup de compréhension, trop manifestement »

C’est le refus d’aller aux championnats de France qui a provoqué cette situation…

Oui. Il n’a pas voulu aller aux championnats de France. Moi, j’étais contre. Il n’avait déjà pas fait les compétitions en septembre. Ça ne parle à personne, mais on allait faire une compétition à Haguenau, il n’a pas voulu la faire. Dès le départ, il ne s’est pas inscrit dans le programme de compétitions. C’est un nageur de 35, 36 ans. J’ai eu beaucoup de compréhension, trop manifestement. Il était hors de question de l’intégrer dans le travail, passé le mois de décembre.

Il dit qu’il est revenu gonflé à bloc de l’ISL…

Ça part quand même d’une présence et d’un engagement de tous les moments. Ce n’est pas exceptionnel. J’ai des gamins de 12, 13 ans qui viennent nager dix fois par semaine. Comment vous pouvez imaginer que quelqu’un qui vient cinq fois par semaine puisse attirer l’attention ou permettre de s’intégrer dans un travail ? Ce n’était pas possible. Demander des adaptations dans un cadre qui n’était pas celui du haut niveau, ce n’était pas pour moi. Effectivement, il a essayé plusieurs choses, notamment de me parler d’argent. Il n’a pas compris que le projet était sportif pour nous. Une fois qu’on lui avait tendu la main sur le plan humain et que sur le plan sportif, ça ne collait pas, je ne pouvais pas engager le club dans cette aventure plus longtemps.

Il avait l’impression que le club se servait de son nom pour avoir des subventions…

C’est encore d’une formidable élégance de sa part de surfer sur ce qu’il s’est passé au mois de novembre et qui était faux et ce sera démontré (la gestion du club par la famille Horter a fait l’objet d’une enquête de France Info, ndlr). Est-ce qu’on a utilisé une seule fois le nom d’Amaury à Mulhouse pour faire la promotion de quoi que ce soit depuis qu’il est arrivé ? C’est faux. Il n’y a aucune demande de subvention qui a été faite en son nom. Amaury ne se rend pas compte qu’il ne passionne plus grand monde. Et qu’il n’y a plus grand monde qui croyait en son projet, à part moi et quelques personnes autour de moi. Il n’y a plus grand monde qui lui fait crédit, malheureusement pour lui.

« Ce qui est inacceptable, ce sont ses critiques sur le club, le groupe »

Vous êtes peut-être la personne qui le connait le mieux. Etes-vous déçu ?

Je suis bien sûr déçu. Surpris, non. Tout le monde connait Amaury. Je pensais qu’avec nous, le club, moi, ma famille, il aurait comme on dit la reconnaissance du ventre et un minimum de respect. Il n’a même pas ça. La page est définitivement tournée, en ce qui me concerne. Ça me fait mal de dire ça parce que c’est un garçon qui a compté dans ma vie, avec qui j’ai vécu des évènements sportifs incroyables. Et à qui j’ai beaucoup donné. Mais que voulez-vous qu’on ait comme autre conclusion face à un tel comportement ?

Il dit aussi que vous pouvez, malgré tout, venir chez lui pour boire un verre et qu’il n’y aura pas de problème…

Je suis quelqu’un qui oublie donc peut-être, pourquoi pas. Au-delà de ma relation avec lui, qui ne regarde que nous et on verra ce qu’elle deviendra, ce qui est inacceptable, ce sont ses critiques sur le club, le groupe, sur la façon tout le monde s’est investi. Je ne peux pas ne pas répondre. Je ne suis pas un adepte de ce genre de fonctionnement mais là, ce n’est pas possible.

Il estime que vous n’avez plus la motivation…

Ça m’est égal. Ce n’est pas la vérité. On verra bien l’avenir, je n’ai pas fini mon parcours. Il suffit de demander aux gens qui sont à côté de moi si je suis en vacances. Je suis complètement engagé dans un projet avec un groupe de jeunes. Il l’a oublié mais c’est l’histoire d’un club, d’un entraîneur. Les générations les unes après les autres. Là, on travaille sur Paris 2024 depuis deux, trois ans. Amaury, c’est un garçon qui avait un formidable talent. On ne rencontre pas tout le temps des gens comme Amaury. Je peux vous dire que les gens dans mon groupe ont tout l’engagement et toutes les compétences pour être des nageurs de haut niveau un jour. Je donne 1000%. J’ai 57 ans, je n’ai plus 20 ans, mais je suis complètement investi là-dedans. Me demander de croire dans des projets basés sur le vent, le mensonge et la communication à but non-sportif, non, je n’ai plus l’énergie pour ce genre de choses. Ça ne m’arrivera plus jamais de me retrouver dans ce genre de situation, avec d’autres gens qui sont venus chez nous pour faire de la com. Moi, je crois dans le projet sportif, je travaille. Ça s’arrête à ça. Ça ne m’arrivera plus. C’est peut-être une explication à ma réaction par rapport au non-investissement d’Amaury.

Avez-vous cru au projet d’Amaury Leveaux au début ?

J’y ai cru. Dans les mots, il avait l’air décidé. Je répète que la première raison (d’avoir accepté, ndlr), elle n’est pas sportive. Je savais qu’il avait des problèmes. C’était une façon, je crois, de l’aider.

LP avec Julien Richard

https://rmcsport.bfmtv.com/natation/lionel-horter-repond-a-amaury-leveaux-il-est-tres-vite-sorti-du-cadre_AN-202105010194.html

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