Le Vosgien avait gagné sa place à Pokljuka en Slovénie en décrochant le premier podium de sa carrière (3e), au lendemain de l’annonce de la disparition de son papa lors dans un accident de moto-neige au Canada. Fabien Claude a repris la compétition la semaine dernière en Italie sur une IBU Cup (deuxième division du biathlon) pour reprendre des repères. Débarqué dimanche soir à Antholz juste à temps pour assister au podium de son pote Emilien Jacquelin titré sur la poursuite, il arrive avec « une grosse envie et de belles ambitions » malgré le contexte. Une épreuve qu’il a traversé  porté par « une énorme vague de soutien » et qui lui fait désormais voir « le biathlon de façon différente ».

C’était important de remettre un dossard avant les mondiaux?

Ça fait vraiment du bien, j’en avais besoin même si je n’étais pas au mieux car c’était la première course depuis l’individuel de Pokljuka. C’est vrai que deux semaines et demi sans dossard, sans atmosphère de course même si on avait fait un chrono d’entraînement à Bionaz avec les gars, c’est complètement différent. Ça fait du bien et on espère que ça va marcher.

Comment vous êtes-vous remis en marche pour ces mondiaux après le drame vécu?

Ça a été bien compliqué, en gros je rentrais 3-4 jours à la maison et c’est des jours où tu ne fais rien à la maison, tu es là à gérer à droite à gauche à prendre des infos, le rapatriement du corps parce que c’était loin. Donc c’est vrai que ça a été très compliqué. Après j’ai eu la chance de partir 5 jours aux mondiaux junior en Suisse pour accompagner mon petit frère (Emilien Claude). Ça m’a permis pendant cinq jours de refaire du bon ski, du bon volume. Ça a été un gros plus. Mais mine de rien quand on rentre c’est de nouveau trois jours où on est dans les funérailles et où on ne fait rien. Là ça met un gros stop, c’est vrai que j’ai accusé le coup sur le début du stage avec les gars. Mais je pense que je suis sur la pente ascendante et je pars avec une grosse envie de belles ambitions.

Retrouver le groupe France vous a fait du bien?

C’est sûr que ça fait du bien, il y a un gros noyau dur dans le groupe. J’ai eu énormément de soutien de la part de tous mes coéquipiers, mes amis aussi, et tout le staff, tous les étrangers. Vraiment j’ai senti une grosse vague de soutien dans cette épreuve. Après c’est sûr que c’est tout seul que je dois avancer. La démarche, c’est tout seul que je dois la mettre en route mais ça a fait vraiment du bien. Ça me permet aussi de voir différemment le biathlon, d’avoir plus de recul sur les choses et c’est dommage de devoir passer par un drame comme ça pour grandir d’un coup.

Avec un peu de recul, comment voyez-vous ce que vous avez réalisé à Pokljuka avec le premier podium de votre carrière au lendemain d’avoir appris la disparition de votre papa?

Je commence seulement à y penser, à essayer de décortiquer parce que jusqu’à présent ça me faisait trop mal de repenser à la course. J’avais trop de tristesse et pas ces sentiments de podiums et de joie que l’on peut avoir sur une belle course. Là c’est juste la meilleure course de ma carrière que j’ai faite là-bas et le faire dans ces circonstances ce n’était pas facile. Ça m’a amené un petit détachement en plus, des choses qu’il faut qu’on va pas dire qu’il faut que j’essaye de retrouver parce que cet état émotionnel je ne le retrouverai pas et je n’ai pas envie de le retrouver. Mais en tout cas s’en inspirer et peut être, pas se prendre moins la tête sur l’approche des courses, mais en tout cas relativiser un peu plus et se rendre compte qu’on a une chance énorme de faire du biathlon et le prendre comme un grand plaisir. C’est une bonne démarche à avoir. Et ça m’a fait encore plus réaliser ça.

Le fait d’être avec ton frère, c’est important?

On est hyper proches avec mes deux frères et ma maman. C’est vrai que ça va beaucoup nous aider. Je pense aussi à ma maman qui a un peu plus de mal et il va falloir que l’on soit là dans les mois qui viennent, dans les années à venir. Mais c’est sûr que c’est un gros plus d’être ensemble. Dès le premier soir avec Florent on a fait chambre commune, ça permet à deux de discuter et d’avancer aussi. Même si c’est vrai que avec les autres on est très proches dans le groupe, Florent c’est mon frère et on peut avancer plus vite grâce à ça.

Comment on se prépare mentalement pour l’individuel après tout ça? Est-ce qu’on met des barrières aux émotions ou on essaye de les gérer?

Mentalement je vais avoir une routine habituelle d’une course normale. Après je sais qu’il y aura des pensées, et à aucun moment je ne mets de barrière parce que je pense que c’est la pire chose à faire. Ces émotions-là elles seront là et ces pensées aussi. A moi de les laisser passer, de les utiliser peut être à bon escient. On verra mais ça ne change pas le boulot que j’ai à faire au pas de tir et sur les skis. C’est du biathlon, tout peut se passer.

C’est en plus la course la plus longue, où on a le temps de penser…

Oui c’est sûr que c’est très long, c’est un gros défi, un défi permanent, un gros combat contre soi-même. Pendant 50 minutes il y a énormément de choses qui nous passent par la tête. On n’est pas des machines, on pense beaucoup et il va falloir s’occuper l’esprit sur des points techniques, sur des choses qui nous font avancer dans la course et qui nous permettent d’aller vite et de bien tirer.

https://rmcsport.bfmtv.com/sports-d-hiver/mondiaux-de-biathlon-fabien-claude-remercie-la-grosse-vague-de-soutien-apres-l-accident-qui-a-coute-la-vie-a-son-pere-1860601.html

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