En un dixième de seconde le rêve olympique d’Aurélie Müller a basculé une deuxième fois dans le cauchemar cet été. Un dixième de seconde, c’est ce qui lui a manqué pour se qualifier aux Jeux de Tokyo sur le 10 km, 11e des championnats du monde alors qu’il fallait terminer dans les 10 premières. Après sa disqualification en 2016 à Rio alors qu’elle pensait avoir décroché la médaille d’argent, la triple championne du monde refuse de croire à une « malédiction olympique ». À 29 ans, après un été douloureux, elle a décidé de continuer sa carrière. Avec un nouveau défi en tête: se qualifier pour les Jeux de Tokyo en bassin sur le 1 500 mètres nage libre qui fait son entrée en 2020 au programme olympique. Pour y arriver, elle a quitté Philippe Lucas pour rejoindre Fabrice Pellerin à Nice.

Aurélie, pourquoi avoir choisi de continuer votre carrière ?

« C’est un nouveau challenge, un nouveau défi en étant de retour dans mes débuts de nageuse de bassin. Cet été j’avais beaucoup de questions dont la première : est-ce que je continue? Une question qui a été dans ma tête pratiquement tout l’été. Est-ce que je continue, est-ce que ça en vaut la peine? Une fois que la réponse a été positive, je me suis demandé: comment? Avec qui? Où? Pour faire quoi? Parce que c’est bien beau d’avoir envie de nager mais moi je suis une nageuse de challenge donc si c’est juste pour m’entraîner et faire les championnats de France ça n’a pas un grand intérêt.  Je me suis demandée si je continuais ou pas avec Philippe (Lucas). Mais ça a été vite réglé parce que je ne pouvais pas continuer à m’entraîner là-bas. Philippe a trois qualifiés en eau libre dans son groupe (Marc-Antoine Olivier, David Aubry et la néerlandaise Sharon Van Rouwendaal). C’était compliqué pour moi de nager avec Philippe sachant qu’à côté de moi j’ai trois qualifiés pour les JO. C’était vraiment la double peine pour moi. On s’est quittés tous les deux un peu tristes mais il a très bien compris mon choix et aujourd’hui ça se passe bien et c’est quelque chose qui me tenait à cœur. Parce que quitter Philippe ce n’est pas facile, j’ai vécu de très beaux moments avec lui et j’ai eu une bonne partie de mes médailles grâce à lui. »

Et donc vous avez rejoint Fabrice Pellerin à Nice. Avec quel objectif?

« Le 1500 mètres étant devenu une distance olympique, je me dis pourquoi pas… Je ne connaissais pas les temps de qualification donc je me suis renseigné, j’ai vu que je n’étais pas très loin. Le temps à faire lors des championnats de France c’est 16 minutes, 21 secondes et 21 centièmes, j’ai un record personnel à 16 minutes 24 et ces dernières années je ne me suis pas spécialement et spécifiquement entraînée pour le 1 500 m. Donc je me dis qu’à quelques secondes près je peux obtenir ma qualification. L’objectif est fixé, et après je me suis demandé avec qui? J’avais besoin d’un bel environnement, d’un groupe qui était sur la même dynamique que moi, c’est-à-dire essayer de décrocher une qualification olympique. Donc mi-août j’ai appelé Fabrice, et il était d’accord pour m’accueillir au mois de septembre. J’avais un peu d’appréhension parce que je suis une nageuse qui nage beaucoup. Fabrice ce n’est pas du tout son mode de fonctionnement et sa méthode. Je ne savais pas comment j’allais réagir, comment mon corps allait réagir, comment on allait s’entendre, il fallait une à deux semaines pour se tester. Il fallait discuter aussi parce quand je l’ai appelé je ne lui ai pas parlé d’objectifs précis. On fait une semaine et demi, on a parlé des objectifs de la saison. Il m’a dit ce qu’il pouvait m’apporter, ce que je pouvais améliorer et moi je n’oublie pas que Fabrice il n’y a  pas si longtemps que ça il avait une nageuse de 1 500 m dans son groupe, la danoise Lotte Fris, et qu’il a très bien su faire performer puisqu’elle a été vice-championne du monde en 2013. Donc le pari est lancé, après on ne sait pas où ça va nous mener mais c’est quelque chose qui va beaucoup m’apporter parce que c’est complètement différent. Je travaille sur la qualité plus que la quantité. C’est aussi un travail auquel je voulais revenir depuis quelques temps, sur ma technique de nage que j’avais un peu perdue ces derniers mois, sur la notion de vitesse, sur les virages. Les parties non nagées en eau libre on n’y fait pas forcément très attention donc je les avais mis un peu de côté.

« Je me dis encore: c’est incroyable que je ne sois pas qualifiée, je ne sais pas comment c’est possible »

Comment est-ce que vous êtes passés de la désillusion de l’eau libre à cette décision de continuer?

C’est le défi tout simplement. Ça n’a pas été facile… Jusqu’à ce que je me remette à l’eau avec Fabrice, je pensais encore et je me le dis encore : c’est incroyable que je ne sois pas qualifiée. Je ne sais pas comment c’est possible. Mais voilà il faut se résoudre à la réalité et aujourd’hui je ne suis pas qualifiée. Donc c’est aussi ce challenge là, ce défi que je me mets qui me permets d’être à 100% sur le 1 500 m. Mais ça va être compliqué parce que je vais entendre parler des Jeux Olympiques toute l’année et il va y avoir les périodes de qualif’ dans les différents sports. 

Après comment j’ai « switché », je n’ai pas vraiment de réponse, c’est juste vouloir ne pas avoir de regrets. Si j’avais arrêté c’est certain que j’aurais eu des regrets. J’ai toujours l’envie de nager, de performer, de me challenger à voir de quoi je suis capable. Et c’est possible de le faire avec Fabrice. Je n’y pense pas tous les jours mais pas loin. Rien qu’en regardant les réseaux sociaux et les collègues, je sais que le 5 août je ne serai pas au départ du 10 km à Tokyo.

Ce n’est donc pas refermé la cicatrice de cette non-qualification? Et ça ne le sera pas de sitôt? 

« Non. »

Est-ce qu’une qualification olympique sur 1 500 m ça refermerait cette cicatrice?

« Bien sûr que non. Parce que si j’avais été qualifiée en eau libre, l’objectif c’était clairement la médaille. Là, sur 1 500m déjà c’est se qualifier, et ensuite on verra… Ce n’est pas du tout la même dynamique. Ce qui me réconforte un peu, pour que l’année soit moins pénible qu’elle ne l’aurait été si j’avais continué à nager autre part, c’est que moi aussi je vais essayer de me qualifier aux Jeux olympiques. La finalité n’est pas la même, mais si j’avais arrêté j’aurais entendu parler des Jeux et je n’aurais rien pu faire, je n’aurais eu aucun challenge pour me dire que je n’avais pas tout perdu. Ça ne sera pas refermé parce que l’eau libre je l’ai toujours dans un coin de ma tête. » 

Ça veut dire que vous n’abandonnez pas l’eau libre?

« Non ce n’est pas un adieu à l’eau libre. Cet été je me suis dit: c’est pas possible, je donne et je donne à l’eau libre, et là où j’aimerais qu’elle me récompense elle ne le fait pas. Donc j’en avais un peu marre. Je suis frustrée car la discipline ne me donne pas ce que j’ai investi les années précédentes. C’est pour ça que je me concentre sur le 1 500m. Il y aura les jeux, je me qualifie ou pas pour les jeux, mais au moins j’aurais essayé et l’année prochaine ce sera déjà les championnats du monde d’eau libre donc ça devrait passer vite. Du moins je l’espère (rire). »

C’était vital de rebondir après l’échec de la qualification?

« Oui pour moi c’est vital. Sinon je le vivrais très mal. Quand tu as passé la moitié de ta vie à nager pour quelque chose et à la fin tu ne l’as pas, c’est compliqué de rebondir. Donc c’est une opportunité que je saisis. »

L’histoire ne pouvait pas se terminer comme ça?

« Non non, pour moi c’est impossible! Impossible! J’y crois toujours, je ne suis pas maudite des Jeux et je sais que j’ai un destin olympique. »

Un destin olympique qui pourrait se faire à Paris en 2024? Est-ce que vous vous voyez essayer à nouveau en 2024?

« Peut-être… A partir du moment où j’ai toujours l’envie de nager, je nagerai. Le jour où je n’aurai plus envie, ou je serai blessée et bien j’arrêterai. Aujourd’hui je ne suis pas blessée, ok je suis un peu vieille mais j’ai encore envie. Je pense que j’ai encore la possibilité de faire des choses donc j’y vais. Paris 2024 c’est encore loin, c’est dans cinq ans et Tokyo n’est pas encore passé. Donc évidemment j’y pense, mais est-ce que j’y serai je n’en sais rien. Et je ne peux pas affirmer aujourd’hui que je me prépare pour les Jeux de Paris 2024, c’est impossible. Mais l’idée est là et tant que j’aurai l’envie et que je ne serai pas blessée, avec le plaisir de nager je continuerai.

Alors ça fait quoi de moins nager à l’entraînement?

« Ca fait bizarre… Et ça fait un peu peur parce que moi je suis rassurée dans le travail, la durée et la quantité de travail. Là je nage moitié moins mais c’est totalement différent dans la qualité technique, dans l’efficacité du mouvement, dans les parties non nagées où j’étais franchement nulle. Les départs plongés, les virages et on sait que les virages sur 1 500m c’est hyper important et je peux gagner en m’améliorant sur les virages parce que je suis vraiment nulle. Il y a beaucoup de changements. Fabrice est très créatif! J’y suis depuis trois semaines et demi et je n’ai pas vu un seul entraînement similaire. C’est vraiment cool pour moi car il rend l’entraînement ludique et créatif. La partie concentration est dure parce que je ne me suis jamais autant concentrée sur un entraînement. Ça dure une heure et demi mais à la fin c’est comme si tu avais fait 2h30! Chaque mètre que tu fais doit être à 100%. Donc j’apprends tous les jours. C’est une approche différente qui je l’espère me permettra d’être meilleure sur 1 500m. »

Est-ce que tu appréhendes le premier 1500m que tu feras en compétition?

« Oui oui, je ne sais pas du tout ce que ça va donner. Je fais quelques trucs pas mal à l’entraînement mais moi ce qui me rassure c’est le chronométrage et aujourd’hui ça je ne l’ai pas donc je peux moins me reposer et me rassurer là-dessus. Donc on va voir! »

https://rmcsport.bfmtv.com/natation/natation-aurelie-muller-veut-voir-tokyo-sur-le-1500-metres-1783726.html

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