Il aura fallu un sms du directeur technique national Julien Issoulié pour qu’elle se rende compte qu’elle a battu un record de France dimanche sur le 100m 4n. Le quatrième de ces six semaines de compétition à Budapest. Un peu secondaire à ce moment-là. Béryl Gastaldello est plus occupée à multiplier les ‘hugs’ avec ses coéquipiers des LA Currents dont elle est la vice-capitaine. La bulle ISL est terminée. Et après 45 courses, 23 victoires dont 18 individuelles, elle en ressort avec une certitude: « Que j’appartiens aux meilleurs mondiaux. Je me le suis prouvé à chaque fois, encore et encore même si je doutais et ça fait vraiment plaisir. J’ai hâte de continuer comme ça. Ça fait du bien (rires). Oui c’est un tournant dans ma carrière. » La Marseillaise termine même sur le podium du classement MVP des meilleurs nageurs de la compétition, derrière Caeleb Dressel et Lilly King les deux stars de la natation américaine.

Sourire permanent, rire sonore, Béyl Gastaldello s’est éclatée dans la bulle sanitaire de l’ISL au bord du Danube. « C’est le terrain de jeu parfait pour moi, explique-t-elle. J’adore parce que c’est une compétition d’équipe. C’est un sport individuel, mais ici tout est pour l’équipe et j’aime beaucoup cette direction. »

On ne parle plus de souffrance

Après des années compliquées, marquées par des drames personnels, une mononucléose, et une grave dépression il y a deux ans, Béryl Gastaldello semble à 25 ans enfin sereine. « Non, coupe-t-elle. Ce n’est pas le bon mot. On a tous des doutes quand on est sportifs de haut niveau… » Et de chercher elle-même le mot qui lui convient le mieux. « Je suis bien dans mes baskets ça c’est sûr, et j’évolue là où je veux évoluer. On ne parle plus de souffrance, là on évolue dans un truc super positif, de développement personnel. » La bonne réponse était simple, et pourtant si compliquée: « Je suis heureuse tout simplement. »

Même si tout reste encore fragile, sur un fil. « C’est beaucoup de travail… Et aussi le fait d’avoir eu encore récemment des événements assez compliqués dans ma vie personnelle… A chaque fois c’est, soit on tombe, soit on remonte plus fort et plus haut. J’ai décidé de remonter plus haut et ça se voit et ça se traduit aussi dans les résultats sportifs donc ça fait vraiment plaisir. »

« Je suis Béryl, je suis Française, de Marseille »

Un virage qu’elle a entamée avec le confinement, un peu livrée à elle-même seule aux Etats-Unis et privée de piscine. Avec juste quelques mouvements dans un petit bassin d’à peine 10m dans le jardin d’une amie, histoire de garder le contact avec l’eau. « Je ne vais pas rentrer dans les détails mais ça a été très compliqué et au final j’en suis ressortie plus forte. J’ai découvert aussi que je devais régler des choses au niveau nutritif, avec mon diaphragme. Ça m’a permis de me rendre compte de pas mal de choses et de déverrouiller des choses dans mon corps et dans mon esprit qui étaient un peu bloqués. »

La Marseillaise, exilée depuis maintenant 6 ans à College Station au Texas, a aussi renoué le fil avec qui elle est. « Je suis Béryl, je suis Française, de Marseille, lance-t-elle avec assurance. J’aime beaucoup le système américain, mais ce n’est pas ma culture en fait. Nous on s’arrête pour les vacances, on prend du temps, on a été élevés comme ça. Aux Etats-Unis ça a été du ‘go go go go go! Don’t stop! Never stop!’. Je reviens à mes racines, à qui je suis… » Puis elle enchaine. « Je suis en train d’aller chercher le meilleur des deux mondes. Les deux ensemble (elle tape dans ses mains) ça va faire un cocktail Molotov (rires)… J’adore. »

Un cocktail que l’on retrouve quand elle cherche ses mots en Français, « les mots me viennent en anglais ».

C’est entre Dallas et Houston que Béryl Gastaldello a renoué avec sa partie française. « Il y a cinq mois, j’ai rencontré une communauté de Français chez moi à College Station, révèle-elle. Ça a tout changé en fait. Ça m’a fait un déclic, je me suis rendue compte que je suis Française, que ça me manque. Sur des petites choses, des jeux de mots qui me font me plier en deux à chaque fois qu’on se voit. Je leur suis vraiment reconnaissante. Ils sont vraiment géniaux. » Tous les vendredi soir, autour d’un verre de vin et de produits français, « pas idéal niveau nutrition (rires) », Béryl parle français. Mais pas seulement. « Le fait aussi de connaitre plus de gens en dehors de la natation c’est vachement important en terme d’équilibre. Et ça je me rends compte que ça fait une grosse différence. »

« Rentrer dans ma tête? il faut un ticket, on est occupés! »

A Budapest, elle s’est rendu compte dans « ce laboratoire qu’a été l’ISL pour mo » d’une chose: « Je suis plus forte mentalement, beaucoup. » Et de livrer cette anecdote surprenante. Alors qu’elle enchaînait sa 3e course en moins d’une heure, Kelsi Dahlia une de ses adversaires s’avance vers elle et lui lance: « Ça va être dur là… »  La sprinteuse raconte la suite. « Je lui réponds juste, oui c’est possible. Et après elle m’a dit, ‘J’ai essayé de rentrer dans ta tête pour te déstabiliser mais ça n’a pas marché…’ Ah! Ah oui mais il faut prendre un ticket là (rire) on est occupés! C’est un début parce que c’est un travail de toute une vie, mais je suis en train de développer des capacités mentales. »

Béryl Gastaldello rentre également de Budapest avec le compte en banque rempli. Si elle « ne sait pas précisément » combien elle aura gagné sur ce mois et demi de compétition, selon nos estimations elle devrait empocher un peu plus de 250.000 dollars (200.000 euros). « C’est nouveau et mérité. Ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse, mais c’est sûr que ça va faire une grosse différence le fait de pouvoir être serein sur ce côté-là. De pouvoir mettre des choses en place surtout aux Etats Unis où il n’y a pas la sécurité sociale etc… Les rendez-vous médicaux, la psychologue, avoir des massages, ça a un coût tout ça et ça m’amène de la sérénité de pouvoir gagner de l’argent. Il y a deux ans environ j’ai failli arrêter de nager parce que je ne gagnais pas ma vie du tout. Après bon je n’ai pas non plus gagné au loto! »

La nageuse licenciée au cercle des nageurs de Marseille appréhende un peu les jours d’après l’ISL, la sortie de bulle. « Au niveau émotionnel, humainement c’est un truc de fou pour moi. Moi je vis pour tout ce qui est connexion, énergie, et c’est super je m’éclate. Il est possible que ça relâche complètement, et j’espère d’ailleurs que je vais complètement craquer parce qu’il le faut. Là je contiens tout et il ne faut pas. »  Et très vite se replonger dans les bassins. Béryl Gastaldello va rester en France jusqu’aux championnats de France de Saint-Raphaël (10 au 13 décembre) qui marquent le début de la période de qualification pour les Jeux olympiques. Avant de rentrer aux Etats Unis pour enfin terminer les démarches pour obtenir la carte verte.

https://rmcsport.bfmtv.com/natation/natation-heureuse-tout-simplement-gastaldello-savoure-apres-l-isl-2009880.html

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