« J’ai eu d’un coup une forte fièvre. J’ai vu le médecin du club qui m’a fait tester. Et j’étais positif. » C’était il y a deux semaines. Alain Carré, président de Colomiers, apprenait qu’il avait contracté le Covid-19. « Les jours qui ont suivi ont été très rudes. J’ai ressenti une immense fatigue. Je n’ai jamais autant dormi de ma vie », avoue-t-il. Il explique également avoir eu peur, lui qui sortait d’un souci pulmonaire. Mais après deux semaines de toux et de grande faiblesse, à 70 ans, il remonte petit à petit la pente: « Je fais encore attention. Car hier je n’avais plus de fièvre et je criais victoire. Aujourd’hui, elle est revenue. »

Mais l’homme est solide. Et plein de convictions. Au téléphone, entre deux grandes quintes de toux, il explique que même sans être à 100% et en étant un peu en retrait eu égard à sa forme précaire, il a des échanges téléphoniques en compagnie des présidents des clubs professionnels de rugby. « Sans trop m’exprimer, évidemment », dit-il. Mais à l’écoute. Normal, quand on occupe le fauteuil de leader du championnat de Pro D2 et que l’avenir est en jeu. Pas de descentes pour le Top 14? Pas de montées non plus? Un Top 16? Il est attentif.

« Ce que je constate, c’est qu’on arrive à la 23e journée en Pro D2. On est premier, on a une avance de dix points sur le troisième et on balaierait tout d’un revers de main? Ce n’est pas possible, insiste le dirigeant. Et il ne veut pas qu’on l’accuse de défendre uniquement ses intérêts du fait de son statut de leader du championnat: « Vous savez, ce n’est pas parce qu’on est devant actuellement. J’ai plus eu l’habitude d’être derrière par le passé! Mais nous sommes des compétiteurs, et d’habitude, le champion de Pro D2 mérite le Top 14. »

« Il faut une certaine méritocratie »

Malgré tout, lui-même sent bien que le temps joue contre le rugby professionnel français et que cette saison pourrait ne pas se terminer. « Plus ça avance, plus on se dit qu’on ne retrouvera peut-être pas les terrains »constate Alain Carré. Il réclame alors une certaine justice sportive. Car il devine que les membres de l’élite ne sont pas vraiment emballés par l’idée d’un Top 16: « Vous savez, un Top 16, ça veut dire un calendrier plus conséquent et des droits télévisuels qu’il faut encore plus partager… » Si les positions des deux divisions étaient alors gelées, il ne veut pas en rester là: « Il faut qu’on discute entre clubs, présidents, et qu’il y ait une certaine méritocratie. S’il n’y avait pas d’accession, nous voulons un système de bonus pour la saison prochaine. »

Si tout va bien, il sera bientôt d’aplomb. Après quinze années à la tête du club à la colombe, président du syndicat de l’UCPR, l’Union des Clubs Professionnels de rugby, il connaît les arcanes de ce milieu qui se dit être une grande famille mais qui n’est pas loin de se déchirer actuellement. S’il trouve « pas sympa » que la lettre du Stade Rochelais aux autres clubs se soit retrouvée dans la presse, il tentera dès la semaine prochaine – où les réunions décisives vont s’enchaîner – d’aider à trouver un consensus global. Pour que, comme lui, le rugby ne tousse plus.

https://rmcsport.bfmtv.com/rugby/pro-d2-touche-par-le-coronavirus-le-president-de-colomiers-alain-carre-raconte-1888368.html

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