Il avait pourtant dit stop, rangé le maillot à la surprise générale en début d’année 2020 à quelques mois des Jeux olympiques de Tokyo, avant qu’ils ne soient reportés. Jérémy Stravius, l’un des plus beau palmarès de la natation française, est de retour à la compétition ce week-end à Marseille.

C’est un retour sur la pointe des pieds pour le champion olympique du relais 4×100 de Londres en 2012 (il avait nagé les séries) et quadruple champion du monde. A Marseille, la silhouette n’est plus tout à fait celle d’un nageur de haut niveau et l’Amiénois ne se fixe pas d’autre objectif que de « se faire plaisir ». Mais il garde une place sur le relais pour les JO de Tokyo dans le coin de sa tête. Son retour peut interpeller. Jérémy Stravius avoue « un manque de la compétition » et décrit aussi une situation un peu dictée par la crise sanitaire qui a coupé court à ses projets de reconversion.

Nageur pas vraiment à plein temps

« J’ai pris cher, il faut dire ce qui est ! » C’est le lot de beaucoup de retraités des bassins et Stravius n’y a pas échappé. « Je suis monté à plus 11 kilos et ça fait mal, quand on passe la barre des 100 kilos… Ça pique ! » Stravius n’est plus le même athlète que lorsqu’il décrochait le titre mondial du 100m dos en 2011 ou qu’il montait encore sur la deuxième marche du podium des Jeux de Rio en 2016 avec ses camarades du relais 4x100m. Mais il est de nouveau nageur. « Les sensations, c’est sûr, ne sont pas les mêmes qu’il y a un an, confesse-t-il. Mais il y a toujours cette notion de plaisir. » Nageur, mais pas vraiment à plein temps.

« Ça varie beaucoup, explique Stravius. Des fois, je m’entraîne trois fois par semaine, des fois cinq, des fois quatre mais ça peut aussi n’être que deux… Je vais une fois par semaine à Nanterre avec l’entraîneur de mon club Etoile et le reste du temps je m’entraîne sur Amiens seul. Je n’ai pas envie de revivre les périodes d’entraînement hyper dures, je ferai forcément à ma manière et j’ajusterai en fonction. » Un retour à la carte, mais un retour tout de même. « Oui c’est un retour parce que le point de départ se situe aujourd’hui. On ne sait pas jusqu’à quand sera la fin. Mais en tout cas je fais la saison jusqu’aux championnats de France et on verra les résultats à ce moment-là. »

« Je suis libre de faire ce que je veux »

Des championnats de France qui serviront de sélection pour les JO de Tokyo, sur lesquels il avait fait une croix en prenant sa retraite, et auxquels il ne dirait finalement pas non. Prudent, l’Amiénois ne se risque pas à afficher ses ambitions. « Je ne me refuse rien, avance-t-il simplement. Et le résultat, on verra. C’est sûr que si je me sens capable de faire un gros temps et d’approcher une sélection sur un relais, je ne vais pas me gêner. Je ne le refuserai pas. » S’il assure n’avoir « aucun regret », il explique son come-back par un manque. « C’est la compétition et les médailles qui manquent. Quand on a des souvenirs comme les Jeux ou les Mondiaux et les Euros… Quand je regarde des vidéos de mes médailles, ce sont ces moments-là qui manquent. Mais après, je me dis que tous les sacrifices que j’ai fait pour en arriver là, je ne suis pas prêt à les refaire en fait. Je ne suis vraiment pas prêt à retrouver un rythme pour en arriver là. Je ferai le strict minimum, on va dire. »

En prenant sa retraite début 2020, il avait surpris tout le monde, y compris ses sponsors. Aujourd’hui, Stravius se sent libre. « Je n’ai plus envie de devoir quelque chose à quelqu’un en fait. Quand on a des sponsors, c’est sûr qu’on fait notre taf et qu’on doit être pro. Là, j’ai décroché, je n’ai plus de contrats, je n’ai plus rien. Je ne dois rien à personne et tant mieux. Je fais les choses que j’ai envie de faire. Je suis libre de faire ce que je veux et c’est ça qui me plaît aujourd’hui. Je fais les choses que j’ai envie de faire. » Mais ce retour est aussi dicté par la situation sanitaire. L’épidémie de coronavirus s’est invitée quelques semaines après qu’il a raccroché le maillot, et a mis du plomb dans l’aile à ses projets de reconversion. L’ouverture d’un karting dans un premier temps, puis un escape game.

« Je vis du chômage, c’est dit »

« Ça ne s’est pas fait car le Covid est arrivé et donc les financements n’ont pas été là. On est sur un projet de rachat d’un fonds de commerce, d’un bar. Alors ce n’est pas l’activité qui fonctionne en ce moment mais d’ici la rentrée de septembre, ça pourrait le faire. » Sauf que le temps devient long. « Aujourd’hui, je vis grâce à un contrat pacte de performance », raconte Stravius qui porte désormais le bonnet d’Etoile Natation, une nouvelle structure où il joue un rôle de consultant auprès de jeunes nageurs avec Camille Lacourt et Grégory Mallet. Stravius marque une pause et explique.

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« Je vis du chômage, je suis chômeur. C’est dit. Donc j’espère retrouver un taf avant que la période soit terminée quand même parce que ça fait déjà plus d’un an malheureusement. Après, c’est vrai que je ne peux pas non plus trop activer les choses, on est un peu bloqués par la situation. C’est dommage que ça ne dépende pas de moi. Je suis un peu en sursis, j’attends que ça s’améliore mais il ne faut pas que ça tarde trop non plus. » A Marseille, le Picard a réussi à se hisser en finale du 50m dos, distance sur laquelle il a décroché l’argent mondial en 2013. Loin d’être affûté donc, mais avec le plaisir simple de retrouver l’adrénaline de la compétition. « Aujourd’hui, je n’ai pas le niveau, je fais avec ce que j’ai mais ce sera mieux en juin. »

Julien Richard

https://rmcsport.bfmtv.com/natation/stravius-un-retour-pour-le-plaisir-et-dicte-par-le-coronavirus_AV-202103210187.html

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