Dans quelques semaines, Roland-Garros, déplacé du 29 septembre au 13 octobre, va divulguer la dotation globale offerte aux joueurs. Comme l’a indiqué Guy Forget lors d’une conférence téléphonique il y a quelques semaines, cela devrait tourner autour du même montant que l’an dernier (42.661.000 euros). Les Grands Chelems ont toute latitude pour élaborer leur grille de prize money.

Sous la pression de l’ATP et de la WTA, il s’agit aussi de ne pas passer pour le « radin » des quatre tournois majeurs. On sent bien, par exemple, que l’US Open est très fier de remettre un chèque monumental à ses lauréats. Il faut entendre le speaker hurler le montant – en l’occurrence 3.850.000 dollars en 2019 – à la foule du Stadium Arthur-Ashe en délire pour comprendre qu’il y a presque une concurrence entre les quatre monuments du circuit.

Lors d’un entretien accordé récemment à RMC Sport, Bernard Giudicelli, le président de la FFT, a convenu qu’il fallait revenir à « du bon sens ». On ne peut s’empêcher en effet d’être saisi par la courbe exponentielle des récompenses attribuées aux joueurs. L’an passé, Ash Barty et Rafael Nadal avaient reçu un chèque de 2.300.000 euros pour leur triomphe sur la terre battue. Un joli pactole quand on songe qu’en 2005, pour son premier titre Porte d’Auteuil, l’Espagnol n’avait touché qu’un chèque de 880.000 euros. En quinze ans, les prix ont presque triplé. 

Zverev a gagné autant que Lendl

Un chiffre interpelle: depuis le début de sa carrière, le jeune allemand Alexandre Zverev a amassé plus de 21 millions de dollars de gains sans avoir disputé la moindre finale de Grand Chelem. Il taquine déjà l’immense Ivan Lendl au classement!

Bernard Giudicelli a conscience de cette folle inflation: « Je me souviendrai toujours de ce qu’avait dit Stefan Edberg: «Il y a de plus en plus d’argent dans le tennis et je me demande où ils le trouvent». À Roland-Garros, nous avons arrêté le principe du doublement du prize money à chaque tour. Nous sommes passés d’un ratio de 1 à 50 entre le vainqueur du tournoi et le perdant du premier tour. D’autres tournois ont accru ce gap et je ne pense pas que ce soit la bonne solution. Certes il faut avoir un différentiel significatif, car ça reste un sport professionnel. Mais l’après-Covid va nous amener à réfléchir à cela car on va rentrer dans une crise économique. Le risque, c’est la différence entre celui qui va acheter un billet et celui qui va gagner beaucoup d’argent. Il faut arriver à retrouver du bon sens. »

Difficile pour les joueurs au-delà de la 150e place

Durant le confinement, un débat a vu le jour sur la mauvaise redistribution du prize money. Il est de notoriété publique qu’un membre du Top 100 – qui a donc accès aux tableaux des quatre Grands Chelems – gagne bien sa vie. Mais c’est beaucoup plus compliqué pour les joueurs qui naviguent au-delà de la 150e place mondiale. Bernard Giudicelli n’a pas été insensible à des coups de téléphones de joueuses françaises désespérées par l’arrêt du circuit. « Ça prend aux tripes quand Harmony Tan et Myrtille Georges (respectivement 242e et 283e mondiales, ndlr) m’appellent pour me dire qu’elles ne savent pas comment elles vont payer leur loyer ou faire leurs courses. Il faut que le tennis professionnel retrouve un modèle économique qui soit créateur de valeurs et de talents en même temps. »

La FFT a d’ailleurs mis sur pied une série de trois tournois dans le Sud de la France destiné à donner du temps aux Tricolores et un peu de cash. Myrtille Georges profite d’ailleurs de cette opportunité puisque la Normande s’est qualifiée ce jeudi à Nice pour les demi-finales. Cela lui assure un chèque d’au moins 3.000 euros. Cela parait dérisoire, mais la crise a laissé des traces.

https://rmcsport.bfmtv.com/tennis/tennis-giudicelli-veut-retrouver-du-bon-sens-face-au-prize-money-inflationniste-1945447.html

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