Que s’est-il passé samedi soir après la qualification en finale acquise face à La Rochelle, dans les vestiaires et ensuite?

Un moment de communion. Avec les supporters avant tout. Parce qu’ils se sont déplacés en nombre et ça faisait plaisir. On sentait qu’eux aussi étaient prêts à en découdre, donc on a fêté ça avec eux sur le terrain, assez longtemps. Et ensuite dans le vestiaire, il y avait une joie, mais pas non plus un aboutissement.

Qu’avez-vous vu dans les yeux de vos coéquipiers?

De la joie pour certains. C’est ce qui prédominait. On avait vraiment envie de profiter de ces moments qui sont assez rares et spéciaux. Pour se retrouver. Et dans les regards on savait qu’on faisait quelque chose de sympa.

Alors qu’il avait remporté trois titres entre 2008 et 2012, le Stade Toulousain était depuis le dernier absent de la finale. Sept ans sans aller au Stade de France, était-ce une anomalie pour ce club?

Il y a des cycles. C’était dans les mœurs de voir le Stade Toulousain en haut du classement. Les gens pensaient ça, dû au glorieux passé du club. Mais on s’est aperçu que c’était un travail assez conséquent et colossal d’avoir toujours le Stade en haut de l’affiche. Donc du coup, il a fallu travailler dur pendant sept ans. Passer par des périodes pas très sympas, pour justement retrouver le Stade de France.

Il y a cette charge quand on enfile ce maillot? Et ça a pu être pesant?

Non ce n’est pas une charge. On sait pourquoi on vient au Stade Toulousain. Mais parfois, certaines années, c’est plus compliqué que d’autres. Tout simplement parce qu’il y a eu beaucoup de changements en interne. Et il fallait peut-être en passer par là pour revenir au plus haut. Mais il n’y a pas de charge, de pression néfaste. Quand on signe au Stade Toulousain, on sait pourquoi, tout comme quand on va à Clermont ou au Racing. Ça fait partie de l’institution.

Il y a-t-il eu un moment clé, un passage qui fait que vous êtes là aujourd’hui?

Je pense que tout le monde a eu besoin d’être au creux de la vague, notamment quand nous avons fini 12e (en 2017, NDLR). Tout le monde s’est remis en question. Que ce soit l’administratif, les joueurs, le staff. Et on a tous travaillé dans le même sens. Ça a pris du temps mais on a réussi petit à petit à retrouver le niveau qui était celui du Stade Toulousain.

Est-ce la saison où, permettez l’expression, vous avez pris le plus votre « pied » sur les terrains?

Oui, clairement. Mais ce n’est pas le « pied » sur le terrain. C’est plutôt en dehors du terrain. C’est ça qui est à souligner. Le groupe vit bien et quels que soient les joueurs qui ont composé l’équipe, le groupe a continué de tourner. Donc il y a eu une émulation qui s’est faite en dehors du terrain et le groupe a su tirer profit des individualités. Mais on avait l’impression qu’on pouvait mettre n’importe qui dans cette équipe et qu’elle continuerait à tourner. Donc c’est vraiment tout le groupe qui a pris un énorme « pied » toute la saison.

On a l’impression que la Coupe d’Europe vous a fait progresser cette saison.

Et bien quand on annonce une poule de la mort dans laquelle nous n’avons aucune chance, nous sommes quand même des compétiteurs. Du coup, on a joué ce premier match à Bath comme si c’était une finale, clairement. Et puis, sur un fait de jeu, on le gagne. Derrière, on s’est dit qu’il fallait assurer à domicile, contre le Leinster. Et on a gagné. Donc on a commencé à y croire, tout simplement. Tout le monde a tiré dans le même sens.

Une formule revient cette semaine, une « finale de rêve ». Est-ce le cas selon vous?

De rêve je ne sais pas. Mais en tout cas c’est une finale qui, sur l’ensemble de la saison, est logique on va dire. C’est le premier contre le deuxième, il n’y a pas eu de surprise, de barragiste qui est sorti vainqueur des demi-finales. C’est une finale alléchante et c’est sympa de retrouver Clermont, qui a un jeu assez huilé.

Les deux équipes ne se ressemblent-elles pas?

Non, pas trop. On a deux entités différentes. Avec Clermont qui a un jeu très pragmatique, on l’a vu dimanche en demi-finale face à Lyon. Et nous qui aimons nous servir des turn-over et de la puissance de nos avants pour exploiter les moindres failles. Ils ont un gros point positif, qui sont leurs lancements de jeu, qui sont assez déroutants.

Il va y avoir des duels « de partout » samedi sur le terrain…

(il rigole) ouais, c’est ce qui fait son charme! Mais c’était aussi le cas en demi-finale. Il y a de bons duels à jouer, mais je le répète, pas plus, pas moins qu’en demi-finale. Quand on a Arthur Retière, qui a fait des grosses performances, et Vincent Rattez, pour nous qui sommes ailiers, c’est ce qui s’est fait de mieux durant toute la saison. Comme avec Damian (Penaud) et Alivereti (Raka).

Pense-t-on dans la semaine à ces duels, ces hommes qu’on va croiser? A-t-on des flashs?

On y pense. Mais pas individuellement. On y pense collectivement, à comment contrer ces individualités. Ce serait une erreur de se focaliser sur un seul joueur en se disant: « il faut que je remporte mon duel ». Ce n’est pas ce qui va faire gagner le match. Ce qui peut le faire, c’est d’arriver à les contenir. Bon après, beaucoup d’équipes ont essayé de le faire, en vain. Mais en tous cas on va essayer, collectivement, d’être très performants pour essayer de contrer leurs individualités.

Toucher ce fameux Bouclier de Brennus, est-ce votre rêve le plus cher?

C’est le rêve de tous les joueurs qui évoluent en Top 14. On joue cette compétition pour ça. Il y en a qui ne le toucheront jamais. Nous, on est à quatre-vingts minutes. Comme les Clermontois. On va essayer de donner le maximum.

Il y a la finale samedi, puis l’annonce de la liste des 37 pour la Coupe du monde mardi prochain. Avez-vous conscience d’être dans une semaine décisive?

En toute sincérité, on essaye déjà de bien récupérer de notre demi-finale. Parce que ça a été éprouvant, ça a tapé fort, ça a été dur. Mais on a quand même un laps de temps, d’ici à jeudi, pour penser à autre chose, faire autre chose. Car à y penser tous les jours, on perdrait un maximum d’énergie. Donc on va juste essayer pour l’instant de se focaliser sur les entraînements, avant de penser à cet événement pleinement.

Quelle est la clé pour le titre? Sofiane Guitoune disait récemment qu’il ne fallait rien changer.

Oui, on ne change rien. Ce n’est pas maintenant qu’il faut changer. Même Franck Azéma, l’entraîneur de Clermont l’a dit, ce n’est pas une semaine où on va tout révolutionner. C’est une semaine où on va récupérer. Où on va passer du temps ensemble. Beaucoup de temps ensemble. Parce que dans une semaine tout est fini, quoi qu’il arrive. C’est une saison qui restera gravée, avec ou sans Bouclier. Parce que ce qu’on a fait, c’est relativement beau. On a eu une saison assez linéaire, il faut le dire. Et donc nous, on ne changera rien. Comme on n’avait rien changé pour aller affronter le Leinster en demi-finale de Coupe d’Europe. C’est la force aussi du groupe, d’être assez froid sur des événements comme ça.

Pour finir, quoi qu’il arrive samedi, est-ce que vous avez ouvert une nouvelle ère pour votre club?

Je pense qu’il y a une nouvelle génération qui arrive. Quoi qu’il arrive samedi, elle continuera et elle perpétuera le fait d’être toujours dans le jeu qu’on essaye de prôner. Et ça annonce plein de bonnes choses pour l’avenir.

https://rmcsport.bfmtv.com/rugby/top-14-c-est-une-saison-qui-restera-gravee-avec-ou-sans-bouclier-assure-le-toulousain-yoann-huget-1710034.html

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