Les présidents des clubs du Top 14 et les dirigeants de la Ligue Nationale de Rugby travaillent actuellement afin de pouvoir élaborer une fin de saison à l’exercice 2019-2020. Si plusieurs scénarios sont discutés, tout dépendra de la date de fin du confinement. Mais après une telle coupure, au moment de retrouver le chemin de l’entraînement, combien de temps sera nécessaire aux joueurs pour pouvoir disputer des rencontres de haut niveau? Eléments de réponse.

Les derniers entraînements collectifs, avec physique ou ballon, datent pour les plus tardifs du vendredi 13 mars. Depuis dix-neuf jours, les rugbymen professionnels sont donc chez eux (ou à moins d’un kilomètre), à tenter de garder une certaine forme physique. On peut le voir sur les réseaux sociaux, ils s’astreignent pour la plupart à des exercices en intérieur ou dans leur jardin. Mais rien qui n’égalera le travail qu’ils réalisent habituellement en club. Vincent Giaccobi est préparateur physique au Castres Olympique. En compagnie de ses collègues Mourad Abed et Julien Rebeyrol, il est en relation avec ses joueurs depuis le début du confinement. Ils se sont partagés la communication avec les 45 joueurs de l’effectif. Quinze chacun et des coups de téléphone hebdomadaires, voire quotidiens pour certains.

« Déjà, nous les avons informés des consignes à respecter en cas d’état grippal ou de fièvre, et des dangers par rapport à la pratique du sport, tout ce qui est cardio », explique Baptiste Giaccobi. Ensuite, les préparateurs physiques n’imposent pas un travail, mais proposent, eu égard au chômage partiel. Le détail a son importance: on conseille simplement. ‘Le bien-être et la santé du joueur sont nos premiers soucis, tient-il à préciser en premier lieu. La préparation physique va prendre une demi-heure à une heure de leur journée. Le reste du temps, ils peuvent être amenés à rester sur un canapé! Donc nous sommes aussi tournés vers leur état mental. Mais on a une bonne communication en club là-dessus, ça nous aide dans cette situation inédite. »

Les joueurs continuent de renseigner leur poids

En temps normal, les Castrais arrivent au centre d’entraînement et, premiers gestes, renseignent à la fois leur poids, leur masse graisseuse, mais aussi leur humeur ou leur forme ressentie. Ils continuent donc de le faire à distance. L’entretien physique qui leur a été proposé a été basé sur six semaines. Jusqu’à fin avril. « A Castres nous avons la chance d’avoir des joueurs qui disposent pour la majorité d’un jardin. C’est plus facile à la base. Ensuite, le programme est fait pour maintenir des qualités de courses explosives entre guillemets, car sans matériel il faut pouvoir être créatif. On reste sur des choses simples, comme la pliométrie, la coordination, des composantes que l’on ne travaille pas en saison. On est moins sur la puissance. »

Dans chaque club, le « process » est souvent identique. A l’Union Bordeaux-Bègles, le 3e ligne centre Marco Tauleigne souligne la bonne communication avec son staff: « J’ai quand même l’impression de bien garder mes sensations pendant ce confinement. Le staff bosse très bien même si on n’est pas dans un cadre idéal pour s’entraîner. On est séparés en petits groupes avec un membre du staff et un membre du corps médical qui s’occupe de nous. Tous les jours on reçoit des messages de notre référent et le soir on doit faire un compte rendu de notre séance sur la charge de travail. Comment on s’est senti, si c’était dur ou au contraire si on peut monter les doses. Le staff ajuste ensuite les séances en fonction de nos retours. »

Au moins six semaines sans activité physique collective

La donne est la même au Racing 92. On n’ordonne rien, comme le confirme le manager Laurent Travers. « Tu as toujours la possibilité de faire des choses chez toi, dit-il. On a tout mis en place mais on ne peut pas exiger d’un joueur en confinement de faire un programme. C’est impossible. Après, il faudra passer une batterie d’examens. Le côté médical entre en ligne de compte. J’en ai parlé avec le médecin du club qui m’a indiqué qu’il y aurait de nombreux tests à faire, à la fois médicaux et physiques. » Car tout ça ressemblerait presque à une intersaison. « Et encore, dit Giaccobi, vu le niveau de sédentarisation du joueur aujourd’hui, il y a une grande différence avec les intersaisons habituelles. » Même si, à la fin de toutes « vacances », il y a une reprise.

Difficile aujourd’hui de la cibler. Mais en imaginant potentiellement la fin du mois d’avril ou le tout début du mois de mai pour une fin de confinement et un retour sur les terrains d’entraînement, on compterait alors au moins six semaines sans activité physique collective des rugbymen du Top 14 telle qu’ils la connaissent habituellement. C’est donc une véritable préparation physique d’avant saison qu’il faudrait envisager. Les échanges entre présidents de clubs évoquent trois à quatre semaines de préparation à la reprise, avec un éventuel match amical. « On entend effectivement parler à droite ou à gauche de cette durée de travail précise Vincent Giaccobi. Cette période a-t-elle été imaginée par des professionnels? Je n’en suis pas sûr. »

Mais selon lui, on ne peut raisonnablement suggérer moins de préparation. « Avec six semaines de confinement, c’est difficile d’imaginer moins de quatre semaines de travail poursuit-il. C’est mon ressenti: ce ne sera jamais suffisant pour atteindre un niveau physique optimal. En trois semaines, on aurait la possibilité de revenir sur des qualités générales. Prépa physique générale (PPG) sur la première semaine et du rugby plus intégré ensuite. Il faut surtout un travail progressif. On ne peut pas faire revenir les mecs pour se préparer très vite à disputer deux matchs. On ne peut pas engager du rugby trop vite, de demander d’emblée à un joueur des accélérations, des pics de vitesse, des changements de directions. Il faut le préparer à ça. »

Le manager de l’Union Bordeaux-Bègles Christophe Urios s’interroge de son côté sur le mode de reprise d’entraînement. Selon lui, on pourrait assister à quelque chose d’inédit. « On est très humble face à ce virus et la priorité c’est la santé des français mais on espère tous que la saison va reprendre un jour. Il va y avoir cette période de déconfinement. Je vois bien une reprise comme les footeux en Allemagne. J’ai vu qu’à Dortmund ils avaient repris l’entrainement par groupe de 2 joueurs. Nous je ne sais pas si ce sera par 2 ou 5 mais je vois bien un début de reprise comme ça. » Les effectifs sont toutefois plus fournis au rugby et l’organisation par conséquent différente.

« On va récupérer des corps frais mais sans armure »

Aura-t-on pour autant le temps et le « luxe » de peaufiner les corps? Pour Travers, l’enjeu est grand. « Bien sûr que plus confinement dure, plus c’est compliqué. Mais tu ne peux pas te permettre de dire qu’il faut huit semaines, sinon tu ne rejoueras jamais. » Le boss du sportif au Racing souligne le côté inédit de la situation. « Dans ce contexte exceptionnel, il faut des exceptions. Le but est de dire que le minimum nécessaire est une préparation de trois semaines et de rejouer à la quatrième. S’il faut faire un peu plus court, on le fera. Mais l’idéal, c’est ça. » Du côté des joueurs, comme le Bordelais Tauleigne, on s’interroge. « Si jamais on reprend la compétition, il nous faudra du temps pour se préparer. Une semaine de confinement ça n’a rien à voir avec une semaine classique. On discute souvent entre nous les joueurs de l’UBB et on est tous d’accord pour faire une mini-préparation avant de reprendre. Pas très longue mais on en aura besoin pour que les corps soient prêts à rejouer au rugby. »

Le rugby français pourrait faire un saut dans le vide à ce niveau-là. Urios encore: « Il y aura aussi la période des bilans médicaux qui sera très importante. On est tous d’accord pour dire qu’il nous faudrait 3, 4 semaines avec peut être un match amical en fonction des équipes qui le veulent. Deux choses seront très importantes: la reprise des entraînements à très haute intensité ainsi que la fait de préparer à nouveau les corps aux chocs. On va récupérer des corps frais mais sans armure. Il va falloir reconstruire cette armure. On a tous envie de solder cette saison encore une fois en faisant preuve de beaucoup d’humilité face à ce virus. Ça va être un sprint si on reprend et c’est antinomique avec une préparation. »

Ce que confirme Robins Tchale-Watchou, le président de Provale, le syndicat des joueurs. « Des études ont été faites, explique l’ancien deuxième ligne. Elles disent qu’il faudrait des examens médicaux pour la reprise. Les entraîneurs et les préparateurs physiques ont réaffirmé que, après un temps d’arrêt, il y a un minimum pour permettre aux joueurs de retrouver un semblant de forme. Ce temps, il est de quatre semaines avec un match au bout. C’est le minimum. Mais les choses vont peut-être s’imposer à nous. » Car le temps est compté. Et il joue contre le rugby français. Quelles seront les mesures de « déconfinement » sur le plan national? A quel moment les rugbymen pourront à nouveau travailler ensemble? Comment appréhenderont-ils d’emblée d’éventuels matchs de phases finale à la pression exacerbée ? Le tout après peu de temps de préparation… « Ça aura un impact sur les organismes », prédit Vincent Giaccobi. Peut-être le prix à payer au regard de l’enjeu.

https://rmcsport.bfmtv.com/rugby/top-14-combien-de-temps-pour-etre-pret-physiquement-apres-la-coupure-1886344.html

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